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08/10/2015

Le suicide élevé au rang de dignité ?

Point de vue

 

« Le devoir de non-abandon c'est l'aide à vivre, pas à mourir »


« C'est peut-être ça la réalité de la France profonde ! », a-t-on entendu lundi, alors que le panel citoyen rendait son avis sur l'exception d'euthanasie et le suicide médicalement assisté. Je les ai rencontrés, ces dix-huit citoyens censés « représenter » la France dans sa diversité. Des hommes et des femmes, de tous âges, très conscients, semble-t-il, de leur immense responsabilité : celle de rendre un avis dont le but est d'éclairer François Hollande sur ce qu'il convient de faire pour offrir une fin digne aux Français.

Selon eux, demander une aide pour abréger sa vie est un droit légitime. À condition que, l'on soit atteint d'une maladie « incurable et irréversible », volontaire et conscient. Il appartient alors à l'État et aux institutions d'organiser cette aide médicalisée au suicide.

Cet avis a créé un choc. Certains parlent même de rupture du pacte de solidarité qui lie notre société aux personnes les plus fragiles. Les médecins, déjà, déclarent qu'ils ne comptent pas endosser l'habit, insupportable pour certains, de celui qui, d'un côté, doit tout faire pour réanimer ceux qui se suicident, et de l’autre, tendre la potion létale et assister le suicidant dans son agonie. Incompatible avec leur mission.

Plus grave, la « France profonde » accrédite l’idée que le suicide est une solution comme une autre, lorsqu’on est désespéré. Une solution que la société doit mettre en œuvre. D’un droit-liberté, le suicide devient ainsi un droit créance, opposable

Le panel citoyen n'a pas spécifié si la personne devait être en fin de vie ou pas. Ainsi, personne ne semble s'être ému d'entendre à la radio (Le Téléphone sonne, sur Inter), une personne de 67 ans, dégoûtée de vivre, demander une aide médicale pour mettre fin à ses jours. Elle n'était pas malade ni en fin de vie. Refusait toute aide psychologique. Estimait qu'elle avait un droit à la mort, et que la société avait le devoir de l'aider.

Interpellée, je lui ai répondu que nous étions encore dans un pays dans lequel le devoir de non-abandon se traduisait par une aide à vivre, pas par une aide à mourir. Sans doute suis-je ringarde ! N'ai-je pas entendu, le mois dernier, Noëlle Châtelet réclamer du Président qu'il abolisse la peine de vie, comme François Mitterrand avait aboli la peine de mort !

À force de banaliser l'idée que le suicide est une solution à la peine de vivre, on finira par le proposer à ceux qui se plaignent de l'indignité de leur vie, reclus dans des maisons de retraite où leurs enfants et petits-enfants ne viennent plus les voir. Le suicide comme délivrance d'une vie devenue un poids pour soi-même et pour les autres est en passe de devenir un « projet de vie », un acte digne, qu'on finira par donner en exemple à ceux qui, auraient l'inélégance de rester en vie, « alors qu'ils ne sont plus que la caricature de ce qu'ils ont été », pour reprendre les termes d'un Maurice Tubiana, en fin de vie, sans doute peu conscient de la portée de ses mots.

Enfin, mesure-t-on l’effet délétère de cette promotion du suicide assisté sur le psychisme parfois fragile des soignants confrontés à la dégradation des corps ou des esprits, et qui pourraient, telle l’aide-soignante de Chambéry, estimer « charitable » de soulager de leur peine de vivre des âgés malheureux ?

Marie de Hennezel, Psychologue,
auteur de La mort intime, (1995) et de Nous voulons tous mourir dans la dignité, Robert Laffont, 2013.

Ouest-France, Vendredi 20 décembre 2013

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